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La banane de la République dominicaine peut-elle conquérir l'Europe ?

  • Louis
  • 25 avr.
  • 3 min de lecture


« Les prix sont trop bas. Les engrais, les cartons — tout a explosé. Les grandes sociétés comme Chiquita et Dole sont parties. Et nous, les petits producteurs, on reste seuls avec les dettes. »

Juan, producteur de bananes en République dominicaine

Une filière à genoux

Quand on parle de la banane dominicaine en Europe, on évoque souvent son positionnement bio, son potentiel, ses certifications. Ce qu'on ne dit presque jamais, c'est ce que vivent ceux qui la produisent.

Juan est producteur en République dominicaine. Comme des centaines d'autres, il voit son secteur s'effondrer depuis plusieurs années. Les coûts ont explosé, les prix à l'export ont stagné, et les grands groupes — Chiquita, Dole — ont quitté le pays, laissant les producteurs indépendants face à leurs dettes.

Ce n'est pas une impression : les chiffres le confirment. En 2023, les importations européennes de banane dominicaine ont reculé de près de 30 % par rapport à 2022 — la deuxième année consécutive de baisse. Des exportateurs que Juan connaît personnellement ont fait faillite. D'autres ont abandonné la banane pour se reconvertir dans le plantain ou d'autres cultures.

Des coûts qui écrasent, des prix qui ne bougent pas


Le problème est simple, et brutal. D'un côté, les coûts de production ont augmenté de 30 à 40 % : les engrais ont bondi de 35 à 57 %, les cartons de 30 %, le plastique de 45 %, le fret maritime de plus de 60 %. De l'autre, le prix payé aux producteurs est resté pratiquement inchangé. La banane continue d'être vendue en supermarché européen à un prix identique à il y a dix ans.

Comme le formulait l'ambassadeur dominicain au Royaume-Uni : « Il est impossible de maintenir le même prix pour les bananes dans cette situation. » Personne, côté distribution, ne semble l'entendre.

À cela s'ajoute la structure même du pays : en République dominicaine, un producteur cultive en moyenne 4 hectares, contre 10 en Équateur. Moins de surface, moins d'économies d'échelle, moins de marge pour absorber les chocs.

Le bio : une promesse qui coûte cher

La République dominicaine est souvent présentée comme un leader mondial de la banane biologique — et c'est vrai, à 85 % de sa production. Mais ce positionnement, qui devrait être une force, est devenu un poids supplémentaire.

L'Union européenne a renforcé début 2025 sa législation sur le bio : audits plus fréquents, analyses plus poussées, coûts de certification en hausse. Les producteurs dominicains, déjà à bout, doivent absorber ces nouvelles exigences — sans que le prix à la vente n'évolue en conséquence.

Les changements climatiques aggravent encore la situation : températures dépassant 37°C, inondations, vents violents. Des récoltes perdues, des dettes qui s'accumulent, et des organismes de certification qui continuent d'exiger la même rigueur.

Quand les grands partent, les petits restent seuls

Le départ de Chiquita, Dole et d'autres grands groupes n'est pas anodin. Ces entreprises structuraient une partie de la filière : logistique, accès aux marchés, capacité de négociation avec les distributeurs européens.

Sans elles, les petits producteurs et exportateurs indépendants se retrouvent seuls face à des chaînes de distribution puissantes, à des exigences croissantes, et à des prix qu'ils ne fixent pas. Certains tentent de se diversifier — oeufs, miel, cacao, chips de banane — pour ne pas disparaître.

Il y a environ 1 800 producteurs de bananes en République dominicaine. 1 500 d'entre eux sont de petits producteurs. Ce sont eux qui portent aujourd'hui le poids d'un système qui ne les rémunère plus suffisamment pour survivre.


Sources : FruiTrop / Observatoire des marchés (2024), Fairtrade / Max Havelaar France (2025), FreshPlaza, Banana Cluster (déclaration régionale), ambassade dominicaine au Royaume-Uni.

 
 
 

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